Ce lundi 24 août 2026, Élodie Gossuin était l’invitée d’Europe 1. L’ancienne Miss France, devenue animatrice, y a fait des confidences sur ses années de faculté de médecine. Un passage de sa vie qu’elle décrit comme l’une des pires périodes, une expérience marquée par le poids des corporations médicales et des pressions sociales difficiles à porter à 17 ans.
Dans son livre Miss à nu, paru en février 2026 aux éditions Leduc, elle raconte comment cette culture médicale très codifiée, faite de bizutages et d’humiliations, a eu raison de sa vocation de soignante. Un témoignage qui résonne particulièrement pour celles et ceux qui ont un jour voulu soigner, avant de renoncer.
Élodie Gossuin face aux corporations médicales : un bizutage vécu comme une prison
À 17 ans, Élodie Gossuin arrive à Amiens pour entamer ses études. Loin de sa famille, dans une relation amoureuse compliquée qu’elle décrit comme un « enfermement global », elle découvre un univers qu’elle ne connaît pas.
Les corporations médicales règnent encore. Les chansons paillardes résonnent dans les amphis. Le bizutage fait partie du parcours classique. Mais le rituel bascule quand on lui demande de montrer ses seins. Elle refuse, se sent à part, enfermée dans une « prison dorée ».
« On te demande de lever ton t-shirt. Je n’étais pas dans le délire du tout. »
Ce détail peut sembler anecdotique. Il dit pourtant tout d’une époque et d’un système. Celui où l’intégration passe par l’humiliation, et où la pression du groupe écrase les individualités.
Des conditions d’études qui poussent à l’abandon
Impossible pour Élodie Gossuin de se confier à ses proches. La honte, la peur de décevoir, la sensation d’être seule au monde. Elle tient deux ans, puis jette l’éponge. Elle se réoriente vers une école d’infirmières à Compiègne, avant que le concours Miss France ne la rattrape.
Ce parcours en rappelle d’autres. Combien d’étudiants en médecine ou en soins infirmiers renoncent chaque année face à ces conditions d’études ? Selon une enquête de l’Ordre national des infirmiers, près de 30 % des étudiants en soins infirmiers envisagent de quitter la formation durant leur première année.
La pression sociale n’est pas qu’une question de confort. Elle a un impact direct sur la santé mentale et sur la vocation soignante. Perdre un futur soignant à cause d’un bizutage, c’est perdre une vocation.
Le harcèlement et l’humiliation ne sont pas des rites d’intégration. Ce sont des violences.
L’influence des corporations médicales : un héritage qui interroge en 2026
Le mot « corporation » peut sembler daté. Pourtant, l’influence des corporations reste réelle au sein des universités françaises. En 2026, des associations étudiantes perpétuent des traditions héritées du XIXe siècle, parfois avec des dérives.
Le rapport de la commission indépendante sur l’abus de pouvoir dans les filières de santé, rendu en 2024, recensait encore des signalements de bizutages sexistes en deuxième année de médecine. Le phénomène a reculé, mais il n’a pas disparu.
Le cas d’Élodie Gossuin illustre une réalité systémique : l’entre-soi, le secret, la loi du silence. Ces mécanismes permettent à des comportements violents de perdurer. Ils expliquent pourquoi la parole se libère si lentement.
Quand le genre complique encore l’apprentissage
Élodie Gossuin n’a pas seulement subi un bizutage. Elle a subi un traitement à caractère sexiste. Une constante dans son parcours, puisqu’elle évoque aussi le sexisme « hardcore » de l’université, et plus tard les remarques déplacées dans le milieu de la télévision.
Ce n’est pas un cas isolé. Une étude de l’ANEMF (Association nationale des étudiants en médecine de France) indique que 40 % des étudiantes en médecine déclarent avoir été victimes de sexisme au cours de leur cursus. Le chiffre ne faiblit que très lentement.
Pour une fille de 17 ans sans repères, cette ambiance est d’autant plus violente. Elle apprend que son corps appartient au groupe, qu’elle doit se plier aux codes. Elle apprend surtout qu’il faut se taire.
Le sexisme en faculté de médecine n’est pas une simple maladresse. C’est une barrière à la vocation, à la confiance et à la réussite.
Témoignage d’une ex-étudiante : ce que la médecine perd quand elle fait fuir
Élodie Gossuin a quitté la faculté de médecine après deux ans. Elle aurait pu devenir soignante, pédiatre, dermatologue. Peut-être même aurait-elle apporté sa sensibilité aux patients atopiques. Ce lien peut sembler audacieux.
Pourtant, les qualités qu’elle décrit aujourd’hui — l’écoute, l’empathie, la capacité à dire non — sont exactement celles que les patients attendent d’un soignant. La médecine n’a pas besoin de toutes les personnalités du même moule. Elle a besoin de voix différentes.
Les soignants exerçant auprès des patients souffrant d’eczéma atopique savent combien la relation humaine compte. Une personne qui a vécu la pression du groupe peut mieux comprendre celle d’un enfant qui subit le regard des autres à cause de sa peau.
La liste des signaux d’alerte après un vécu de bizutage
Certains signes doivent alerter l’entourage d’un étudiant en santé en 2026. Les repérer tôt permet d’éviter l’isolement et la rupture de vocation.
- 😰 L’étudiant ne parle plus de ses journées, reste évasif sur ses cours.
- 😶 Il évite les événements universitaires, notamment ceux organisés par les associations.
- 🎭 Il adopte un comportement différent selon qu’il est à la fac ou à la maison.
- 🩺 Il exprime l’envie de tout arrêter, sans explication claire.
- 📵 Il se coupe de ses réseaux sociaux et de ses amis d’enfance.
- 😴 Il dort mal, se plaint de fatigue constante, perd l’appétit.
Ces signes ne sont pas spécifiques au bizutage. Mais leur accumulation doit alerter. Dans le témoignage d’Élodie Gossuin, la plupart sont présents.
La faculté de médecine en 2026 : des progrès, mais un vrai chantier
Trente ans après les années d’Élodie Gossuin, la culture médicale change. L’ANSM et la HAS ont publié des recommandations claires pour prévenir les violences faites aux étudiants en santé. Les universités ont l’obligation de former leurs personnels aux violences sexistes et sexuelles.
Des associations comme le Collectif Spot ou l’ANEMF ont porté des actions concrètes. Des cellules d’écoute existent désormais dans la plupart des facultés. Des numéros dédiés sont affichés dans les amphis.
Reste un problème de fond : les pratiques traditionnelles se transmettent encore parfois entre générations d’étudiants. Les jours d’intégration, les soirées entre promotions, les rituels d’accueil des « bizuths ». Tout n’est pas à jeter, loin de là. Mais tout doit être questionné.
Qu’apporte une parole comme celle d’Élodie Gossuin en 2026 ?
Sa parole, dix ans plus tôt, aurait peut-être été balayée. Aujourd’hui, elle s’inscrit dans un mouvement. De plus en plus de soignants racontent leurs premières années. Ils lèvent le voile sur des pratiques questionnables.
Cette libération de la parole a une vertu : elle permet aux plus jeunes de poser des limites. À une époque où l’on parle de santé mentale des soignants, entendre une personnalité publique dire « moi, je n’ai pas supporté » enlève un poids.
Pour les parents d’enfants qui rêvent de médecine, ce témoignage est une porte d’entrée : le dialogue sur les conditions réelles du cursus devient possible. La vocation peut survivre, à condition de se préparer aux réalités.
Corporations médicales et peaux sensibles : un parallèle éclairant
Ce parallèle n’est pas un simple effet de style. Les pressions sociales vécues par Élodie Gossuin en faculté ressemblent étrangement à celles que décrivent de nombreux patients atopiques.
La peau, comme le statut de bizuth, expose à l’œil des autres. Les boutons, les plaques rouges, les tiraillements. L’eczéma oblige à se justifier, à subir des réflexions, à affronter la différence. On demande à l’étudiant de se fondre dans le moule, comme on demande au patient de « se couvrir » ou de « ne pas se gratter ».
Cette exigence d’invisibilité est une violence silencieuse. Le corps médical commence enfin à questionner cette culture de la norme. Les consultations de dermatologie évoluent vers plus d’écoute, portées par une génération de soignants formés autrement.
Soigner sa peau, comme affirmer sa place dans une fac de médecine, commence par le droit de dire non.
Ce que la dermatologie doit aux soignants qui racontent leurs blessures
La dermatologie, malgré les apparences, est une spécialité où le caché compte. Les patients apprennent à masquer, s’habiller pour dissimuler, inventer des excuses.
Les soignants qui ont eux-mêmes connu une période de vulnérabilité savent reconnaître ces stratégies. Ils ne jugent pas. Ils accompagnent. C’est peut-être pour cela que des témoignages comme celui d’Élodie Gossuin doivent être entendus.
Ils ne parlent pas que de bizutage. Ils parlent d’un système, de rapports de pouvoir et de la difficulté de trouver sa place.
Et si, finalement, la première étape pour réformer les conditions d’études était simplement d’écouter ce que racontent celles et ceux qui sont partis ?
Élodie Gossuin, elle, ne regrette rien. Elle l’affirme : devenir Miss France lui a sauvé la vie. Mais cette période de médecine reste une cicatrice. Une leçon, aussi : ne jamais reproduire sur l’autre ce que l’on a subi.

Delphine Simon, rédactrice santé spécialisée dermatologie. Diplômée en santé publique à Lyon, elle a couvert la dermatite atopique pour des magazines grand public avant de fonder ce média indépendant.